Arthur Robert
Quand on pense à l’histoire du mont Tremblant, certains noms viennent immédiatement à l’esprit : Ryan, McCulloch, Duncan et, plus récemment; Wheeler, Guay et Anderson. Cependant, il existe une armée d’individus qui dès les débuts de l’aventure ont contribué au bon fonctionnement et à l’essor du centre de villégiature que l’on connait aujourd’hui.

J’ai eu la chance de grandir au pied des pentes, et quand je dis au pied des pentes, je veux dire que de la fenêtre de ma chambre, je voyais l’arrivée de la piste Duncan. J’ai été témoin de cette époque et en ai connu tous les pionniers et artisans. Au cours des prochains mois, je vous présenterai et vous raconterai dans ces pages mes souvenirs des grands oubliés de l’histoire de Tremblant. Commençons avec un homme que j’aimais beaucoup: Arthur Robert.

Arthur était un homme calme, organisé, travaillant et fier. Avant d’être embauché à Tremblant en 1938, il travaillait déjà comme dynamiteur et bûcheron pour la compagnie International Paper. Il avait pour responsabilité de faire sauter les embâcles sur la rivière Rouge et la rivière du Diable. Il sera parmi les premiers employés engagés par monsieur Ryan, et ce, à titre de bûcheron, avec pour tâche de défricher les pentes de ski et l’espace pour le village au bas de la montagne.

Un travail considérable

Lorsque la station de ski ouvrit ses portes pour une première saison d’exploitation, Arthur, son frère Thomas et son fils Raymond furent engagés afin de faire l’entretien des pistes. Chaque jour, dès 8h du matin jusqu’à la noirceur, ils montaient et descendaient la montagne, raquettes aux pieds et pelle à la main, « trimant » la hauteur des bosses et « tapant » la nouvelle neige. Les pistes étaient évidemment plus étroites, mais il s’agissait tout de même d’un travail colossal et, comme personne ne l’avait jamais fait, il fallait improviser.

Au fil du temps, tout comme le centre de ski, l’équipe d’Arthur s’agrandit. Se joignit alors à lui un deuxième fils, Jean-Pierre, ainsi que des voisins; Tom Valiquette, René Ouellette, Jacques Giroux, Edmond Clement, Fernand Barnes et plus encore. Mes souvenirs des membres de cette équipe sont encore très présents. J’étais, comme on disait à l’époque, à la « petite école » au village du lac Mercier (aujourd’hui le secteur Village). De retour à la maison et les fins de semaine, j’étais toujours en ski. Mon père m’indiquait l’endroit où Arthur et son équipe travaillaient et je dévalais les pistes dans le but de les rejoindre.

L’odeur des toasts

Pour les travailleurs, le lunch se prenait à l’endroit où ils s’étaient rendus sur la montagne. Protégés du vent par les arbres, ils se taillaient des bancs dans la neige le long des pistes. Ils allumaient un petit feu et grillaient leurs sandwichs. C’est l’odeur de ces toasts qui me guidait vers eux et lorsque je trouvais Arthur, moi aussi je grillais mon pain et partageais avec eux une tasse de thé faite de neige fondue. J’étais au paradis!

Une saison morte assez occupée

Durant la saison morte, Arthur et son équipe continuaient de travailler à l’entretien des pistes. Tôt, tous les lundis, ils gravissaient la montagne chargés de provisions pour y passer la semaine. Ils s’installaient dans des petits refuges disséminés un peu partout. Il pouvait s’agir des cabines d’opérateurs de remontées ou de préférences, des installations qui servaient de restaurants comme le Rendez-vous au sommet, l’Octogone, le Tea Chalet et le Mary Ryan’s Hutt.

Ces refuges servaient également aux chasseurs de chevreuils. Je me souviens d’y avoir couché les samedis soir d’automne en compagnie d’Arthur, d’Ernie McCulloch, de Noël Chauvin et de mon père Charlie. Nous campions le rôle, Arthur et moi, de « chiens de chasse ». Nous faisions donc du bruit pour que les chevreuils se lèvent, et comme j’avais huit ans, je faisais pas mal de bruit. Nous n’avions donc aucun besoin d’aboyer. C’est d’ailleurs avec Arthur, à ce même âge, que j’ai tué mon premier chevreuil.

L’été, Arthur devait s’assurer que les infrastructures – comme les petits ponts qui traversaient les ruisseaux – étaient maintenues en bon état. Il ramassait les roches qui avaient « poussé » au printemps et les arbres qui étaient tombés l’hiver. À l’approche de l’automne, il fallait faucher les pistes à la main et couvrir celles-ci de foin additionnel, acheté dans les fermes avoisinantes. Les nouvelles pistes étaient fragiles aux éléments, particulièrement à la pluie, il s’agissait donc de les protéger.

Les employés comme Arthur travaillaient d’arrache-pied sur une montagne dont ils ne pouvaient profiter. Vous direz qu’ils étaient payés pour ça… Oui, 100 $ par mois, et le patron en touchait 125$. Je crois que des hommes comme Arthur étaient fiers de ce qu’ils faisaient, et ils savaient fort bien que leurs efforts changeraient à tout jamais la région. Ils faisaient une différence et ils étaient heureux de participer à cette aventure incroyable.

Je serai toujours reconnaissant du temps passé avec Arthur et de l’attention qu’il m’accordait. Son honnêteté et sa rigueur au travail ont été de grands exemples de vie.

Merci, Arthur!
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par Peter Duncan, TremblantExpress, 7 décembre 2018