MARIAGES À LA GAUMINE

Mariage "à la gaumine" ou clandestin:
ce mariage surprise se déroulait sans avertissement lors d'une célébration de la messe du matin de la semaine, les parties s'échangeaient leurs serments devant Dieu et les témoins présents (médusés).
Merci à Roland Grenier d'avoir pris la peine de transcrire pour nous ce
texte extrêmement éclairant.
HL
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Helene Lamarche
Recherches sur les familles pionnieres de Lachine
Roland Grenier "roland.grenier@videotron.ca" a écrit dans le message :
hgba3.395$e4.9253@weber.videotron.net...
> Bonjour,
> J'ai trouvé un texte intéressant au sujet des matiages à la gaumine dans Les
> Rapports des Archives Nationales (1920-1975), TOME 1, RAPQ 1920-1921. Pour
> ceux que ce sujet intéresse, le voici:

> LES MARIAGES A LA GAUMINE

> AVANT-PROPOS

> Qu'est-ce qu'un mariage à la gaumine?

> En 1759, l'ordonnance de Blois faisait passer dans la législation civile les
> prescriptions du concile de Trente relatives à la clandestinité

> En vertu du décret Tametsi, les mariages devaient être célébrés en présence
> du curé et de deux témoins à peine de nullité.

> En France, on était peu fait à cette législation et on chercha à l'éluder
> par la ruse. La plus usitée de ces ruses fut le mariage à la gaumine, du nom
> d'un certain Gaumin, le premier qui se maria de cette façon. Les prétendus
> conjoints se rendaient à l'église pendant la messe du curé de la paroisse,
> accompagnés de deux témoins, et là se prenaient pour mari et femme sans
> autre cérémonie.

> La législation civile employa tous les moyens en son pouvoir pour prévenir
> ces mariages illicites. Elle édicta même des peines sévères contre les
> contractants et leurs complices.

> Cette coutume détestable gagna la Nouvelle-France dès les premières années
> du dix-huitième siècle. Elle devint même en vogue, puisque, le 24 mai 1717,
> Mgr de Saint-Vallier était obliqé de lancer un mandement pour la condamner
> et frapper d'excommunication ceux qui oseraient contracter de tels mariages.

> L'évêque de Québec disait (entre autres):

> ....mais nous avons appris depuis peu, avec une extrême douleur, par la
> sentence qui a été déjà rendue par notre offîcial, le dixième du present
> mois et an, et par les plaintes de nos missionnaires et curés, que plusieurs
> jeunes gens, au mépris des lois civiles et ecclésiastiques, contre le
> respect dû à l'église et à leurs propres parents, avaient trouvé, par
> l'instigation ou démon, une manière détestable de contracter des mariages,
> qu'ils appellent à la gaumine, en se présentant devant leur curé, ou autre
> prêtre, pour le prendre à témoin du prétendu mariage qu'ils veulent
> contracter, sans les cérémonies de l'Eglise et souvent malgré leurs parents
> et à leur insu;...

> "A ces causes, ayant égard à la requête de notre promoteur, et aux autres
> remontrances qui nous ont été faites, nous déclarons excommuniés, d'une
> excommunication encourue par le seul fait, et dont nous réservons à nous
> seul le pouvoir d'absoudre, tous ceux qui dans la suite oseront contracter
> de si détestables mariages, soit devant leur curé, soit devant d'autres
> prêtres, soit séculiers, soit réguliers; ceux aussi qui seront assez
> méchants pour le conseiller, tous les témoins apostés pour les dits
> mariages, et les notaires qui en dresseraient l'acte, sauf à notre official,
> dans les cas particuliers qui seront portés devant lui, d'imposer encore
> d'autres peines particulières pour punir les prévaricateurs."

> La menace d'excommunication de Mgr de Saint-Vallier arrêta presque net les
> mariages à la gaumine. Après 1717 on en voit que de très rares cas.

> Roland Grenier

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