Rubrique nécrologique

MICHAUDVILLE BÉLEC, Thérèse
1933 - 2021

Entourée des siens, est décédée à l’Hôpital de Mont-Laurier, le 22 janvier 2021 à l’âge de 87 ans, Madame Thérèse Michaudville, épouse de feu Georges Bélec de Chute St-Philippe, fille de feu Damas Michaudville et de feu Rosanna Lachaine.

Elle laisse dans le deuil ses enfants : Robert (Manon), Marie-Paule (Yvon), Nicole (Jean-François), Denise (Yvon), Ghislain (Suzanne), Jacinthe (Mario), Gaétan (Christine) (feu Josée) et Chantal (feu Yves), ses petits-enfants : Mélanie, Julie, Karine, Jonathan, Valérie, Caroline, Emilie, Alexandre, Kenny, Myriam et Vannessa, de même que leurs conjoints,  ses arrière-petits-enfants : Mathis, Adélane, Mya, Jade, Nathan, Ethan, Léanne, Simon, Nadège, Béatrice, Matilde, Alaska et Kaleb. Madame Michaudville laisse également ses sœurs Hélène et Janine, son frère Benoit, ses belles-sœurs Gisèle et Thérèse, ses neveux et nièces ainsi que d’autres parents et amis. Elle fut prédécédée par son frère Mgr Marc et ses sœurs : Sr Jeanne D’Arc, Sr Lucie, Sr Geneviève, Catherine, Marie-Reine et Solange.

L’inhumation des cendres aura lieu au cimetière à Chute St-Philippe, à une date ultérieure.

La famille désire remercier sincèrement le personnel de la Villa des Colibris pour leur gentillesse et leur dévouement envers leur mère.

La Coopérative funéraire Brunet du 632 rue de la Madone à Mont-Laurier à qui la direction des funérailles a été confiée, offre à la famille éprouvée ses plus sincères condoléances.




La cuisine dans les chantiers


Thérèse Michaudville est née en 1933 à Val-Viger. Ondoyée par le docteur Hélie, elle est baptisée à Chute-Saint-Philippe quelques temps après. Une grande partie du village est bâti sur ce qui était autrefois la terre familiale.

Elle n’avait qu’une quinzaine d’années la première fois qu’elle accompagna sa mère, Rosanna Lachaine, pour travailler à la cuisine du chantier de son père, Damase Michaudville, qui fonctionnait sous le nom de Jolicoeur et Michaudville. C’était en 1949 au Lac-des-Cornes. L’année suivante, elle ira avec sa sœur Solange. Ce n’était pas un très gros chantier : une vingtaine d’hommes pour bûcher, un forgeron, Joseph Meilleur, et un « showboy » Delma Viger, puis Paul-Émile Lortie, pour certains travaux. M. Michaudville faisait aussi affaires avec de petits chantiers exploités par d’autres familles. Thérèse Michaudville était cantonnée au camp principal.

Se rendre au camp était déjà une aventure. On se rendait de Val-Viger au Lac-des-Cornes en camion, puis on traversait le lac dans une grosse chaloupe de draveurs à laquelle on attachait un radeau. On empilait les balles de foin sur le tour du radeau et on plaçait les chevaux au centre pour qu’ils puissent voyager en sécurité. Arrivés de l’autre côté du lac, on mettait le tout dans une charrette - le foin, les chevaux, les provisions et les personnes - en direction du camp. C’était un camp en bois rond, éclairé à la lampe à l’huile avec un réflecteur derrière pour accroitre l’éclairage. Tous les vendredis, on lavait les globes des lampes. On allait chercher l’eau au lac que l’on ramenait dans un tonneau. Évidemment, les toilettes étaient à l’extérieur et on y déposait du papier journal découpé en carrés. Pas de frigo non plus. Il y avait une armoire adossée au camp pour la conservation des aliments. Son petit frère Benoît, âgé de six ans, habite là. Thérèse lui fera faire sa première année d’école durant l’hiver.

Le matin, les hommes déjeunaient avec des fèves au lard accompagnées de thé. Il n’y avait pas de café. Le thé était acheté en vrac et les femmes faisaient des sachets de thé avec du coton fromage et de la corde de magasin, ce qui permettait de faire une pleine théière. Le midi, la plupart mangeaient dans le bois. On leur préparait un lunch qui consistait en du pain cuit au camp, du lard salé, de la mélasse et du thé.

Le soir, le repas était copieux et variait d’un jour à l’autre. On y dégustait la traditionnelle soupe aux pois ou une soupe de bœuf et riz, suivie d’un rosbif aux carottes, d’un bœuf à la mode (cubes de bœuf, petits cubes de lard salé, oignons, sel, poivre, clou de girofle et cannelle), d’un macaroni aux tomates, ou encore de porc cuit au four. Il était interdit de servir du gibier. Les desserts étaient importants : tartes aux raisins, aux œufs ou aux pommes sèches, gâteaux, galettes à la « jam » ou à la mélasse, pouding chômeur, pouding au pain, crêpes, mais rarement des tartes à la farlouche (à base de mélasse et de cassonade). Une tarte était coupée en quatre portions pour le dessert. Pendant que les hommes étaient dans le bois, les femmes boulangeaient à tous les deux jours, trois fournées chaque fois. Le grand luxe de Thérèse était de faire jouer son gramophone. Les jeunes venaient la rejoindre le soir pour écouter un peu de musique en fumant la pipe ou la cigarette. Il arrivait qu’on entende hurler les loups. On se couchait tôt car il fallait se lever avant la clarté.

Il fallait attendre que le lac soit bien gelé avant de circuler. Les hommes arrosaient sur le lac pour faire un chemin qu’ils balisaient de petits sapins. À la fête de l’Immaculée-Conception, début décembre, Thérèse a pu quitter le chantier pour quelques jours. Elle s’est acheté une robe neuve, c’était son salaire. Elle se souvient aussi de ce Noël où son frère Marc, nouvellement ordonné prêtre, est venu dire la messe de minuit. Pour donner l’exemple, Damase, leur père, s’est confessé à son fils. Madame Michaudville se souvient d’avoir travaillé fort durant cette période, mais elle en garde un très bon souvenir.
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par Louis-Michel Noël. La Laurentie 22, printemps 2018